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Une marée humaine scande "Je n'ai pas peur" à Barcelone

Zürich, 26.08.2017

 

Une marée humaine a défilé samedi soir à Barcelone en reprenant pour slogan les mots "Je n'ai pas peur", à la suite des attentats islamistes en Catalogne qui ont fait 15 morts la semaine dernière. La police a estimé la foule à un demi-million de personnes.

"Emplissons les rues de paix et de liberté", avait souhaité la maire de la deuxième de ville d'Espagne, Ada Colau, après le double attentat de Barcelone et de Cambrils, les 17 et 18 août, revendiqué par l'organisation Etat islamique (EI).

Fait exceptionnel, le roi Felipe VI s'est joint aux manifestants, devenant ainsi le premier souverain espagnol à participer à une manifestation depuis le rétablissement de la monarchie en 1975.

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et le président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, vêtus de sombre, étaient également présents dans le cortège, parmi une foule qui arborait des roses rouges, jaunes ou blanches, aux couleurs de Barcelone.

Politiques en retrait

Les personnalités politiques se positionnaient cependant en retrait, plusieurs rangs derrière la banderole de tête. Selon le souhait de la municipalité, le tout premier rang était réservé aux "représentants des collectifs qui, dès la première minute, se sont occupés des victimes": policiers, pompiers, chauffeurs de taxis, commerçants ou habitants des Ramblas.

Plusieurs fleuristes de l'avenue des Ramblas - traditionnellement célébrées comme des personnages emblématiques de Barcelone - avaient ainsi été invitées à marcher en tête de cortège.

"Nous faisons partie des Ramblas, non seulement nous y travaillons mais nous y passons notre vie, et c'est bien que les gens voient que nous marchons en tête et sans peur", a expliqué à l'AFP Barbara Cabello, 22 ans, fleuriste comme sa mère et sa grand-mère depuis 50 ans sur les Ramblas.

"La meilleure réponse: la paix"

Le 17 août, une camionnette y a foncé sur les promeneurs. Treize sont morts et plus de 120 personnes d'une trentaine de nationalités ont été blessées. Depuis, le père d'un enfant de trois ans tué sur les Ramblas a pris publiquement dans ses bras l'imam de sa ville de Rubi en Catalogne. "Cette accolade symbolise la défaite de ceux qui nous ont fait mal", a commenté Ada Colau.

Les attentats au véhicule-bélier de Catalogne ont été perpétrés par six Marocains âgés de 17 à 24 ans ayant grandi ensemble dans une petite ville des Pyrénées catalanes. Tous ont été tués par la police. "La meilleure réponse: la paix", "non à l'islamophobie", pouvait-on lire sur quelques-unes des pancartes dans la foule à Barcelone.

Les attaques djihadistes se sont multipliées en Europe depuis plusieurs années. Vendredi à Bruxelles, un Belge d'origine somalienne a agressé des soldats au couteau en criant "Allah Akbar" avant d'être tué par la police et à Londres, un homme a été arrêté après avoir blessé des policiers. En Finlande, le 18 août, une attaque au couteau a fait deux morts.

Journée de trêve

De nombreux manifestants s'étaient munis de drapeaux indépendantistes catalans. A leur arrivée dans le cortège, Felipe VI et Mariano Rajoy ont aussi dû essayer quelques huées et sifflets.

Alors que le torchon brûle depuis des mois entre le gouvernement espagnol et les autorités séparatistes catalanes, la marche unitaire de Barcelone marquait toutefois une trêve.

Souvent accusé d'avoir jeté de l'huile sur le feu des dissensions avec la Catalogne, M. Rajoy avait parlé "d'amour" pour les Catalans et pour Barcelone vendredi. Il avait aussi fait l'éloge de la police catalane, "la cellule terroriste ayant été complètement désarticulée cent heures à peine après l'attentat".

Une heure avant la manifestation officielle, un millier de catalans munis de drapeaux indépendantistes avaient manifesté en reprochant à l'Etat espagnol de vendre des armes à des pays comme l'Arabie Saoudite, accusés de liens avec l'islamisme radical. "Vos politiques, nos morts", criaient-ils, en dénonçant le fait que Madrid espère vendre prochainement cinq navires de guerre à Ryad.