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Un UDC "pur sucre" redeviendra la vitrine de la Suisse

Zürich, 28.11.2018

 

Le conseiller fédéral Ueli Maurer, 67 ans, doit reprendre la présidence de la Confédération l'an prochain. Le Zurichois a déjà assumé cette fonction, mais l'UDC "pur sucre" n'est pas prédestiné pour ce rôle d'ambassadeur et l'année s'annonce comme celle de tous les dangers.

Le 5 décembre, le Parlement ne l'élira pas forcément aussi mal qu'il y a six ans. Mais sa tâche n'en sera pas facilitée.

Les élections fédérales d'octobre l'obligeront à donner des gages à son parti. Mais il devra éviter de mettre de l'huile sur le feu avec Bruxelles pour ne pas aggraver les suites du blocage toujours plus probable d'un accord-cadre avec UE. Ueli Maurer devra aussi gagner la votation cruciale sur la fiscalité des entreprises.

Les défis ne lui font pas peur. En 2016 déjà, le conseiller fédéral avait repris le Département des finances alors qu'il semblait usé par sept ans de pouvoir et avait l'âge de la retraite. Le comptable de formation s'est glissé sans peine dans ses nouveaux habits et plaisante toujours sur le nombre de législatures lui restant à accomplir.

Son bilan peine à suivre. Parti très tôt en campagne pour la troisième réforme de l'imposition des entreprises, il n'a pas réussi à convaincre le peuple qui a balayé le projet à près de 60% en février 2017.

Ueli Maurer n'a mis qu'un an pour revenir avec une mouture plus modérée. Mais le Conseil des Etats y a inséré un mécanisme contesté de compensation des pertes fiscales au profit de l'AVS. Rien ne dit que le ministre pourra bientôt honorer sa promesse de mettre fin aux privilèges fiscaux pour les multinationales.

Pression internationale

Aux Finances, Ueli Maurer a dû s'habituer à gouverner sous une pression étrangère qui était inhabituelle à la Défense. La Suisse semblant s'éloigner de l'oeil du cyclone avec le passage à l'échange automatique d'informations, l'UDC a annoncé la fin des excès de zèle face à l'OCDE et une offensive pour mieux vendre la place financière.

C'était sans compter la décision prise fin 2017 par l'UE de ne reconnaître que pour un an l'équivalence de la Bourse suisse. Le grand argentier a cru bon d'annoncer un plan B pour protéger la place financière, semant plus de confusion qu'autre chose.

Le terrien attaché à son Oberland zurichois s'est pourtant adjoint les services d'une diplomate pour le conseiller personnellement sur les questions financières internationales. Contrairement à l'époque de sa première présidence de la Confédération en 2013, il multiplie les voyages à l'étranger.

Sa garde rapprochée reste toutefois alémanique. Sa piètre maîtrise des langues étrangères ne lui facilitera pas son année présidentielle.

Messages et amalgames

Le personnel de son département a dû s'habituer à un nouveau style. Moins focalisé sur les détails d'un dossier qu'Eveline Widmer-Schlumpf, l'UDC cherche surtout à faire passer des messages. Amalgames et tours de passe-passe budgétaires jetant les coûts de l'asile sous le feu des projecteurs ne lui font pas peur.

En continuant à aligner des programmes d'économies malgré des comptes excédentaires, Ueli Maurer s'est façonné aussi une image de père la rigueur. De quoi séduire la majorité bourgeoise du Parlement, mais pas accroître sa popularité au sein de l'administration.

Le grand argentier n'a pas trouvé de solution miracle pour éliminer les dernières discriminations fiscales des époux. Il a repêché un projet d'Eveline Widmer-Schlumpf prévoyant d'imposer chaque couple selon le barême qui lui est le plus favorable (concubins ou époux). La partie n'est toutefois pas gagnée sous la coupole.

Elu à une voix près

Craignant de se retrouver avec un nouveau Christoph Blocher au gouvernement, le Parlement n'avait élu Ueli Maurer en 2008 qu'à une voix près. Le nouveau ministre de la défense a tout de suite abandonné le style vindicatif de sa présidence de l'UDC suisse.

Alors seul membre de son parti au gouvernement, il a multiplié les formules chocs pour se démarquer de ses collègues. Entre l'idée de dénoncer la Convention européenne des droits de l'homme, ses critiques envers la politique suisse face à la Shoah et sa comparaison des femmes avec des "ustensiles hors d'usage", les exemples abondent.

Bérésina des Gripen

Son bilan à la Défense ne donne pas de quoi pavoiser. Le conseiller fédéral qui voulait la meilleure armée du monde se voyait parti, tel Hercule, nettoyer les écuries d'Augias militaires. Mais le major qui avait fait ses classes chez les cyclistes s'y est embourbé.

Ueli Maurer a subi sa pire défaite en 2014 avec le refus par le peuple de l'achat de jets Gripen pour plus de 3 milliards de francs. Sa campagne a été jugée calamiteuse.

Reste un mystère: nul ne sait si Ueli Maurer a initié les autres ministres à ses talents particuliers. Il est capable de distinguer 40 variétés d'herbe rien qu'à leur goût. Il s'est aussi fait remarquer lors de son élection par un cri de ralliement à mi-chemin entre le yodel et le hululement.