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Suspension du fuel à Gaza: Israël accentue la pression sur le Hamas

Zürich, 16.10.2018

 

En suspendant la livraison de fuel à Gaza après un nouvel accès de violence dont il accuse le Hamas, Israël remet en cause une mesure qui était censée atténuer des mois de tensions. Ces livraisons sont vitales pour la production d'électricité dans l'enclave sous blocus.

L'accord sur la livraison de fuel, obtenu par l'ONU et soutenu par les Etats-Unis, avait vu la livraison cette semaine de milliers de litres de carburant payé par le Qatar dans l'enclave palestinienne contrôlée par le mouvement islamiste Hamas.

Mais le ministre israélien de la défense Avigdor Lieberman a annoncé vendredi l'arrêt "immédiat" de ces livraisons, après des affrontements qui ont coûté la vie à sept Palestiniens dans la bande de Gaza, le long de la frontière avec Israël.

Samedi, M. Lieberman a affirmé sur son Twitter que les livraisons de carburant et de gaz à Gaza ne reprendront qu'en cas "d'arrêt total des violences, du lancement de ballons incendiaires (de Gaza vers Israël) et de l'utilisation de pneus brûlés face aux localités israéliennes" voisine du territoire.

Marginalisation d'Abbas

L'accord sur le fuel a été conclu sans l'aval de l'autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas, une première pour Gaza selon des diplomates. Il a soulevé à cet égard des interrogations quant à une éventuelle marginalisation de M. Abbas, interlocuteur obligé de la communauté internationale pendant des années.

Des camions transitant par Israël avaient livré depuis mardi des centaines de milliers de litres de carburant destinés à la seule centrale électrique du territoire coincé entre l'Etat hébreu, l'Egypte et la mer Méditerranée. Le Qatar, soutien de longue date du Hamas, paie le carburant, 60 millions de dollars pour six mois.

L'objectif était que les Gazaouis puissent avoir du courant plus longtemps que les quatre heures qu'ils reçoivent chaque jour tout en dissipant les tensions faisant craindre une quatrième guerre entre Israël et le Hamas. L'autorité palestinienne avait toutefois dénoncé cet accord.

Soulager Gaza

Cette instance, préfiguration d'un Etat découlant des accords d'Oslo signés, il y a 25 ans, reste officiellement l'interlocuteur reconnu, y compris pour Gaza, alors que le Hamas est considéré comme "terroriste" par Israël, les Etats-Unis ou l'Union européenne.

De facto, l'autorité palestinienne ne gouverne plus que sur des fragments de la Cisjordanie occupée par Israël. Le Hamas l'a évincée de Gaza par la force en 2007. Elle craint aujourd'hui que le gouvernement américain et d'autres ne cherchent à la court-circuiter, à éloigner davantage Gaza de la Cisjordanie et à assombrir encore les perspectives de création d'un Etat palestinien.

Mais, selon des officiels étrangers s'exprimant sous couvert d'anonymat, l'autorité n'a pas fait grand-chose pour Gaza depuis dix ans. Au contraire, elle a pris de sévères sanctions financières pour forcer le Hamas à lui laisser reprendre pied à Gaza.

"On pourrait finir par devoir choisir entre travailler avec l'autorité et soulager Gaza d'un point de vue humanitaire", dit un diplomate occidental.

"Paranoïa"

Au-delà des questions humanitaires, M. Abbas s'alarme des efforts déployés par l'ONU et l'Egypte pour instaurer une trêve durable entre Israël et le Hamas. Un haut responsable de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont émane l'autorité, a indiqué jeudi que les Palestiniens ne voulaient plus traiter avec l'envoyé de l'ONU, Nickolay Mladenov, en raison de son intercession entre Israël et le Hamas.

Dans une récente et rare interview, le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinouar, a exhorté la communauté internationale à admettre que le mouvement était incontournable et à traiter avec lui.

Ramallah, où siège l'autorité, "est en proie à une paranoïa profonde", croyant à "un vaste complot entre Israël, les Etats-Unis et l'ONU pour créer un mini-Etat à Gaza et mettre M. Abbas sur la touche", dit Hugh Lovatt, expert au centre de réflexion European Council of Foreign Relations.

Le président américain Donald Trump a indiqué en septembre qu'un plan de paix américain pourrait être présenté dans "deux, trois ou quatre mois". Or le président Abbas boycotte le gouvernement américain depuis la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d'Israël.

Pour Nour Odeh, expert basé en Cisjordanie, "les Américains veulent diviser les territoires palestiniens, les traiter séparément les uns des autres à l'aide d'initiatives économiques, sans se préoccuper du problème de fond: l'occupation israélienne".