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Soupçons de financement occulte des 5 Etoiles par le Venezuela

Zürich, 16.06.2020

 

L'affaire défraie la chronique en Italie et pourrait fragiliser la coalition au pouvoir: le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) aurait reçu en 2010 un financement occulte du régime vénézuélien d'Hugo Chavez, accuse un quotidien espagnol.

Citant un document classifié des services de renseignement vénézuéliens, daté de 2010 et dont il publie une photo, le quotidien conservateur espagnol ABC a affirmé lundi que l'actuel président Nicolas Maduro, à l'époque ministre des Affaires étrangères d'Hugo Chavez, avait envoyé 3,5 millions d'euros en Italie via la valise diplomatique.

L'argent aurait été versé à Gianroberto Casaleggio (décédé en 2016), fondateur du M5S avec l'humoriste Beppe Grillo.

"Fake news"

Le M5S, aujourd'hui aux commandes de l'Italie en coalition avec le Parti démocrate (gauche), a catégoriquement démenti. C'est une "fake news tout simplement ridicule", a commenté l'actuel chef politique du mouvement, Vito Crimi, qui a dit envisager "une action en justice".

Le M5S a été soutenu mardi par le chef du gouvernement Giuseppe Conte, proche du mouvement, qui a lui aussi balayé les accusations. "Les responsables du M5S ont déjà assuré qu'il s'agit d'une fake news et de ce point de vue, je pense qu'il n'y a rien à clarifier", a-t-il déclaré à l'AFP.

Dans un tweet, le chef de la diplomatie vénézuélienne Jorge Arreaza a fustigé quant à lui la "mythomanie des médias de la droite internationale contre le Venezuela", sans se référer directement à ABC mais en joignant une photo de la une du journal à son message. Il a également annoncé des "actions en justice".

Développer des thématiques

Les présumés fonds occultes, versés en liquide, auraient été destinés à financer secrètement le mouvement protestataire et populiste fondé en 2009 et développant certaines thématiques proches de l'extrême gauche.

La mallette de cash aurait été envoyée "de manière sûre et secrète", selon ABC, qui cite un document des services de renseignement vénézuéliens, alors dirigés par Hugo Carvajal. La somme destinée à financer le M5S "provenait des fonds réservés gérés par le ministre de l'Intérieur de l'époque", Tareck el Aissami, aujourd'hui ministre du Pétrole et vice-président du Venezuela, toujours selon ABC.

Arrêté en avril 2019 à Madrid et accusé de trafic de drogue, ce qu'il nie, Hugo Carvajal avait été mis en liberté en septembre avec interdiction de quitter l'Espagne. En novembre, la justice espagnole a donné son feu vert à son extradition vers les Etats-Unis, mais il est depuis introuvable.

Gros titres

Mardi matin, les affirmations d'ABC faisaient les gros titres de la presse italienne. "Roman noir sur l'argent aux 5 étoiles", ouvrait en une le Corriere della Serra (conservateur). "Le polar des 3,5 millions d'euros vénézuéliens", titrait La Repubblica (centre-gauche), tandis que La Stampa de Turin écrivait "Tempête sur le M5S".

Ces révélations interviennent alors que le M5S connaît depuis deux ans de vives tensions internes et que son influence politique ne cesse de reculer.

Ces derniers jours, ces tensions sont encore montées d'un cran, laissant présager une possible scission entre notamment son fondateur, Beppe Grillo, connu pour ses prises de position anti-migrants, et Alessandro Di Battista, tenant d'une ligne plus à gauche et fin connaisseur de l'Amérique latine.

"Boule puante"

Le M5S est au pouvoir depuis les législatives de 2018. Il avait alors remporté 32% des voix, devenant le premier parti du pays. Il a régulièrement perdu du terrain depuis et les sondages le créditent aujourd'hui d'environ 15% des intentions de votes.

Il a d'abord gouverné avec la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini, pour ensuite s'allier avec le PD. "L'attitude amicale de certaines franges du M5S envers le régime vénézuélien m'a toujours déconcerté, quand bien même elle serait gratis", a ironisé mardi M. Salvini.

"Ça a le goût de la classique boule puante, au détriment de la politique italienne", a pour sa part commenté la sénatrice PD Roberta Pinotti.