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Mars: la sonde émiratie "Espoir", message au monde arabe

Zürich, 13.07.2020

 

Après avoir envoyé leur premier astronaute dans l'espace, les Emirats arabes unis s'apprêtent à lancer mercredi une sonde vers la planète Mars. Appelée "Espoir", elle est un symbole des ambitions d'un pays à l'influence grandissante dans la région.

Le riche pays du Golfe espère ainsi rejoindre un club restreint. Seuls les Etats-Unis, l'Inde, l'ex-Union soviétique et l'Agence spatiale européenne ont placé avec succès des sondes autour de la planète rouge, tandis que la Chine se prépare à en y envoyer une ainsi qu'un robot.

L'Etat fédéré, composé de sept émirats et unifié en 1971, connu pour ses gratte-ciel interminables ou ses îles artificielles en forme de branches de palmier, va aussi réaliser une première arabe.

Misant de plus en plus sur les nouvelles technologies, sur fond de chute des revenus du pétrole, le pays dispose déjà de neuf satellites en état de marche en orbite et prévoit d'en lancer huit autres dans les années à venir.

Colonie sur Mars

La sonde appelée "Al-Amal", ou "Hope" en anglais ("Espoir", en français), doit être lancée depuis le centre spatial japonais de Tanegashima le 15 juillet et atteindre son orbite en février prochain.

Objectif de la mission: fournir une image complète de la dynamique météorologique de l'atmosphère de Mars et ouvrir la voie à des percées scientifiques. La sonde est aussi présentée comme le premier pas d'un projet plus important, la construction d'une colonie humaine sur Mars dans les 100 prochaines années.

Le plus célèbre des sept émirats, Dubaï, a engagé des architectes pour imaginer à quoi pourrait ressembler cette colonie et va la recréer dans le désert sous le nom de "Science City", pour un coût d'environ 500 millions de dirhams (plus de 128 millions de francs).

En septembre 2019, l'Emirati Hazza al-Mansouri est devenu le premier citoyen arabe à séjourner dans la Station spatiale internationale (ISS) qu'il a rejointe à bord d'une fusée Soyouz russe.

"Nos grands-parents ont suivi les étoiles pendant leur marche vers la gloire. Aujourd'hui, nos enfants les regardent pour construire leur avenir", s'est félicité le souverain de Dubaï, cheikh Mohammed ben Rachid Al-Maktoum, dans un tweet mardi.

"Pont vers l'avenir"

La jeune nation du Golfe, dont l'influence va du Yémen à la Libye en passant par la Corne de l'Afrique, espère avoir une stature d'acteur régional clé.

Elle est déjà devenue un centre financier et une destination touristique, malgré un ralentissement économique ces dernières années. C'est par ailleurs le premier pays arabe à s'être doté d'un programme nucléaire civil.

Le pays, en particulier Dubaï, attire des millions de jeunes expatriés diplômés venus du monde entier, notamment du Moyen-Orient et d'Afrique du nord.

En dépit de certaines critiques concernant ses interventions, notamment au Yémen, la fédération se fait chantre de la tolérance, avec notamment la première visite d'un pape dans la péninsule arabique.

"Les Emirats arabes unis ont compris que l'espace est très important pour leur développement et leur durabilité. C'est un pont vers l'avenir", a déclaré à l'AFP Mohammed al-Ahbabi, directeur général de l'Agence spatiale du pays.

"Vecteurs du changement"

Sarah al-Amiri, 33 ans, ministre des Technologies avancées et cheffe adjointe du projet, y voit "un message d'espoir pour la région, un exemple de ce qui est possible si on y met les talents de la jeunesse et qu'on les utilise de manière positive".

"Nous investissons dans le spatial depuis plus de 15 ans (...) et il s'agit de mettre notre talent au service du reste de la région", a-t-elle souligné auprès de l'AFP depuis Tokyo.

Dans le sillage de la mission Mars, les Emirats ont annoncé qu'ils ouvraient leurs portes aux jeunes des pays arabes pour participer à un programme spatial de trois ans.

"Ils peuvent venir, acquérir de l'expérience, être les vecteurs du changement pour toute la région, nous ne pouvons pas dire que cette région est instable et rester passifs", a estimé la ministre.

Fondé en 2006 à Dubaï, le Centre spatial Mohammed Bin Rashid (MBRSC), qui a été le fer de lance du projet auquel ont participé quelque 450 personnes, dont plus de la moitié émiraties, est en pleine effervescence.