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Lune de miel entre AMLO et Trump, le pari risqué du Mexique

Zürich, 14.07.2020

 

L'amabilité affichée entre les présidents américain Donald Trump et mexicain Andrés Manuel López Obrador (AMLO) est le fruit d'une stratégie risquée du chef de l'Etat mexicain qui mise sur la réélection en novembre de l'imprévisible président, estiment des analystes. Les déconvenues possibles sont multiples.

Même si leur premier tête-à-tête mercredi à Washington a défié tous les pronostics, avec un Trump qui a remplacé sa rhétorique anti-mexicaine par une pluie d'éloges et de compliments à l'égard du leader de gauche, les bénéfices de cette romance pour le Mexique pourraient être de courte durée.

"La visite de M. López Obrador est un signal que le gouvernement mexicain est disposé à être utilisé par la campagne de Donald Trump", a déclaré à l'AFP Carlos Bravo Regidor, analyste politique. Pendant le discours qu'il a prononcé à la Maison-Blanche, M. López Obrador n'a pas hésité à comparer M. Trump à d'anciens présidents américains comme Abraham Lincoln et Franklin Delano Roosevelt.

Pragmatisme

"J'ai tenu à être présent pour le remercier [...] d'être toujours plus respectueux à l'égard de nos compatriotes mexicains", a déclaré M. López Obrador. Des phrases comme celle-là ont été "une publicité pour la campagne de Donald Trump" et sont déjà utilisées comme propagande électorale, a souligné M. Bravo Regidor.

L'économiste Macario Schettino estime probable qu'AMLO ait été contraint à venir à la Maison-Blanche, en raison de l'insistance de M. Trump et des faveurs que lui doit le président mexicain. En avril, les Etats-Unis avaient aidé le Mexique à atteindre son quota de réduction de sa production de pétrole pour permettre à un accord mondial des pays producteurs et freiner la chute des prix.

Pour M. Bravo Regidor, le président mexicain évite d'aborder avec M. Trump la question épineuse de l'immigration, parce qu'il "sait que, sur ce terrain-là, il ne va rien obtenir et qu'il ne changera rien", révélant un niveau "insoupçonné" de pragmatisme dans sa relation avec le président américain.

"Ne pas l'énerver"

Pendant sa campagne électorale de 2016, M. Trump avait lancé une violente charge contre des "violeurs" venus du Mexique et avait promis de faire payer à son voisin du sud un mur frontalier pour lutter contre l'immigration clandestine.

"La priorité de la politique extérieure du gouvernement de M. López Obrador est de s'entendre bien avec Donald Trump, de ne pas l'énerver et dans ce domaine, il réussit bien", poursuit M. Bravo Regidor.

Au cours de leur première rencontre, les deux dirigeants n'ont annoncé aucune initiative nouvelle, s'en tenant à la célébration du nouveau traité de libre-échange nord-américain. Même si le dossier majeur de l'immigration reste en suspens, la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19 fait qu'il est "impossible de reporter" la hausse des investissements promise par ce traité, souligne le politologue Gibran Ramirez.

L'objectif et le calendrier de cette visite - la première à l'étranger d'AMLO depuis son arrivée au pouvoir il y 18 mois - ont suscité des interrogations et de vives critiques des deux côtés de la frontière.

Manque total de recul

M. Schettino estime que M. López Obrador a fait preuve d'un manque total de recul en laissant se détériorer ses relations avec le parti démocrate américain, dont le candidat Joe Biden est en tête des sondages pour l' élection présidentielle de novembre, et en sapant des années d'efforts diplomatiques visant à limiter le poids de Washington dans ses décisions.

"Cela laisse à nouveau le Mexique dans le paysage mondial, comme on le disait jadis, tel un laquais des Etats-Unis", assure-t-il. Selon M. Bravo Regidor, l'état de la démocratie ou la stabilité juridique et économique, questions toujours présentes dans la dynamique entre Washington et Mexico, ont été laissées de côté pendant le mandat de M. Trump.

"Ces questions seraient un casse-tête pour Andrés Manuel López Obrador. D'une certaine manière, il reconnaît que l'anomalie de la présidence Trump est très bonne pour son gouvernement", avance-t-il.