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Loi sur la sécurité à Hong Kong: nouveau pas en avant de Pékin

Zürich, 18.06.2020

 

Malgré l'opposition du G7, Pékin a fait jeudi un nouveau pas vers l'adoption d'un projet de loi controversé sur la sécurité nationale à Hong Kong. Les législateurs de l'ex-colonie britannique ont commencé à examiner le texte.

Le territoire autonome chinois a été secoué en 2019 par des manifestations monstres contre l'influence du gouvernement central. Elles ont aussi donné lieu à des violences, du vandalisme et renforcé un courant pro-indépendance. Echaudés par ces événements, Pékin et l'exécutif local hongkongais souhaitent faire passer au plus vite une loi sur la sécurité nationale pour Hong Kong.

L'opposition pro-démocratie, plusieurs pays occidentaux, mais aussi le G7 qui a fait part mercredi de son opposition, sont vent debout contre ce texte qui selon eux menace l'autonomie du territoire.

Pékin ne recule pas

Mais cette levée de boucliers n'a pas fait reculer Pékin. Le projet de loi avait déjà obtenu en mai le feu vert de la session plénière annuelle du parlement national chinois.

Nouvelle étape jeudi: le texte est désormais discuté par le comité permanent du parlement, réuni jusqu'à samedi à Pékin, a annoncé l'agence de presse Chine nouvelle. Cette assemblée compte généralement 175 législateurs.

Le projet de loi tel que présenté le mois dernier prévoyait de punir les activités séparatistes, "terroristes", la subversion, ou encore les "ingérences" étrangères et extérieures dans l'ex-colonie britannique.

"Collusion"

L'agence officielle Chine nouvelle n'a toutefois plus évoqué jeudi le terme "d'ingérence" dans son annonce. Elle l'a remplacé par celui de "collusion" avec des forces étrangères ou extérieures.

"Cette loi vise davantage à réduire au silence l'opposition qu'à protéger la sécurité nationale", a réagi le député pro-démocratie Dennis Kwok, qui se demande si rencontrer des responsables étrangers lui vaudrait une accusation de "collusion". Sa collègue Tanya Chan s'est de côté dit "très inquiète que la portée" de ce terme "soit sans limite (...) et permette d'inventer des accusations".

Appel du G7

Pékin a plusieurs fois accusé des pays étrangers, notamment les Etats-Unis, de jeter de l'huile sur le feu dans le territoire en soutenant les manifestants. Le projet de loi suscite en tout cas la forte opposition des gouvernements occidentaux, qui disent s'inquiéter du statut international de Hong Kong.

Les ministres des Affaires étrangères des puissances du G7 ont ainsi "exhorté fermement" mercredi la Chine à "revenir" sur cette loi. "Elle met en danger le système qui a permis à Hong Kong de prospérer et qui a été la clé de sa réussite pendant tant d'années".

"Nous sommes aussi extrêmement préoccupés par la possibilité que cette mesure réduise et menace les droits fondamentaux et les libertés de toute la population", ajoutent-ils.

"La Chine rejette fermement le communiqué du G7", a rétorqué jeudi le chef de la diplomatie chinoise Yang Jiechi, lors d'une rencontre avec le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo à Hawaï.

Selon Pékin, la loi cible principalement les activités visant à séparer Hong Kong de la Chine et les violences portant atteinte à la sécurité nationale.

Clause jamais appliquée

Le territoire jouit d'une large autonomie par rapport au reste du pays, en vertu du principe "Un pays, deux systèmes": ses habitants bénéficient de la liberté d'expression, de la liberté de la presse et d'une justice indépendante.

L'article 23 de la "Loi fondamentale", qui sert depuis 1997 de mini-constitution à Hong Kong, prévoit que la région se dote d'une loi interdisant "la trahison, la sécession, la sédition (et) la subversion". Mais la clause n'a jamais été appliquée en raison de l'opposition d'une grande partie des Hongkongais.

Pékin perd désormais patience et veut imposer la législation en invoquant une disposition de la Loi fondamentale qui lui permet d'y intégrer des textes relevant du régalien (défense et affaires étrangères).