Gazenergie

L'industrie pétrolière américaine perturbée par l'ouragan Harvey

Zürich, 28.08.2017

 

L'ouragan Harvey, qui a touché la région-phare de production de l'or noir, perturbait lundi l'industrie pétrolière américaine. Mais les stocks sont suffisamment élevés pour limiter l'impact à très court terme, estiment les spécialistes.

La côte texane, qui accueille près d'un tiers des capacités de raffinerie de pétrole des Etats-Unis, est ravagée depuis vendredi par le plus puissant ouragan qui ait touché l'Etat depuis 1961. Par prudence, jusqu'à 112 des 737 plateformes de production pétrolière avaient été évacuées dans le Golfe du Mexique, qui accueille 20% de la production américaine.

Il y en avait encore 98 lundi, selon la dernière estimation du Bureau de régulation de l'environnement et de la sécurité (BSEE). Les services météorologiques américains ont rétrogradé Harvey en tempête tropicale samedi mais des pluies torrentielles se déversent depuis sur la région. Et le pic des inondations ne devrait être atteint que mercredi ou jeudi, compromettant la réouverture des raffineries.

"Ce sont environ 18,94% (contre 21,64% estimés dimanche) de la production actuelle (de pétrole) du Golfe du Mexique qui ont été mis à l'arrêt", a précisé le BSEE, sur la base des derniers bilans des opérateurs. Environ 18,12% (contre 25,71% dimanche) de la production de gaz naturel sont également suspendus.

Le géant pétrolier américain ExxonMobil, qui a dû se résoudre dimanche à mettre à l'arrêt son complexe de Baytown, l'un des plus grands au monde, n'était pas en mesure lundi d'estimer l'impact financier de cette fermeture.

"ExxonMobil se concentre en priorité sur la sécurité de ses employés, contractuels et des communautés dans les zones touchées" par Harvey, a insisté le groupe dans un communiqué.

Prévention de mise

"L'information sur l'ampleur des dommages causés aux infrastructures pétrolières et gazières reste limitée", constatent les analystes de Goldman Sachs tout en soulignant que "les problèmes sont plus importants du côté du raffinage que du côté de la production". Selon leurs estimations, les capacités de raffinage étaient affectées dimanche à hauteur d'environ 3 millions de barils par jour, soit 16,5% des capacités totales de raffinage des Etats-Unis.

A ce stade, il s'agit surtout de prévention, "seulement quelques problèmes mineurs d'inondations ayant été rapportés", ont-ils expliqué. Des fermetures supplémentaires de raffineries pourraient intervenir dans les prochains jours, en raison de la lente progression de la tempête, ajoute de son côté James Williams de WTRG Economics. Et donc engendrer des dommages plus importants.

Inspections

L'impact sur la production est moindre, avec une capacité d'environ 1 million de barils par jour affectée, soit environ 11% de la production totale des Etats-Unis, selon des données des analystes de Goldman Sachs. "Les inondations en cours pourraient toutefois avoir un impact plus important sur la production à terre, dans le bassin d'Eagle Ford", ajoutent-ils.

Même si les stocks de produits pétroliers aux Etats-Unis sont à un niveau élevé, "il pourrait cependant y avoir à court terme des pénuries d'essence et de fioul", observe en outre James Williams. Car si la plupart des raffineries seront en mesure de reprendre leur activité une semaine ou deux après la fin des pluies, "certaines pourraient retarder le redémarrage et décider d'effectuer les travaux de maintenance habituellement réalisés à l'automne avec quelques semaines d'avance".

D'autant que le BSEE a dimanche prévenu qu'une fois l'épisode météorologique terminé, les infrastructures seront inspectées avant leur remise en route. Lundi, l'autorité américaine de surveillance des industries chimiques (CSB) a, elle, émis un bulletin d'alerte sécurité exhortant les raffineries pétrolières et pétrochimiques à la plus grande prudence lors du redémarrage de leurs activités, un processus délicat qui pourrait s'avérer plus long que prévu.

Toutes ces incertitudes faisaient grimper lundi les prix de l'essence cotée sur la plate-forme de l'opérateur CME. Ceux-ci montaient lundi vers 21h20 de 2,92% à 1,7123 dollar le gallon (3,79 litres). Il était monté dimanche soir dans les échanges électroniques jusqu'à 1,7799 dollar, à son plus haut niveau depuis juin 2015.