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Les dirigeants séparatistes défient le roi et son discours ferme

Zürich, 04.10.2017

 

Les dirigeants indépendantistes de Catalogne ont relancé la mise mercredi. Ils ont annoncé qu'ils allaient proclamer leur indépendance dans les prochains jours, malgré la mise en garde sans précédent du roi Felipe VI qui les a accusés de se montrer "déloyaux".

Depuis le "référendum d'autodétermination" organisé dimanche en Catalogne, marqué par des violences policières, Madrid et Barcelone n'ont cessé de durcir le ton. Dans cette crise, la plus grave en Espagne depuis la tentative de putsch de 1981, aucun des deux camps ne semble prêt à céder du terrain.

Galvanisé par le référendum qu'il estime avoir remporté, une grève générale et des manifestations qui ont réuni mardi 700'000 personnes dans les rues de Barcelone, le président du gouvernement catalan Carles Puigdemont s'est exprimé en soirée.

Lors d'une allocution depuis la Generalitat à Barcelone, le dirigeant catalan n'a pas explicitement dit que la Catalogne proclamerait son indépendance après le référendum de dimanche, tout en disant devoir "mettre en oeuvre le résultat du vote" pour garantir la souveraineté de la région.

"Le moment est venu d'appeler à une médiation", a déclaré Carles Puigdemont après avoir vivement critiqué les violences policières, l'intransigeance du chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, et le discours du roi Felipe VI mardi soir, qu'il a qualifié de "catastrophique".

Il avait auparavant assuré que son gouvernement s'apprêtait à déclarer l'indépendance "à la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine".

"Déloyauté inadmissible"

Lors de sa première réaction mardi soir, dans une allocution d'une fermeté inédite, le roi Felipe VI a accusé le gouvernement régional catalan d'avoir bafoué "de façon répétée (...) et délibérée" la Constitution et de "mettre en danger la stabilité" de la Catalogne et de toute l'Espagne. Il a fustigé les dirigeants catalans et leur "déloyauté inadmissible".

Son discours, martelant qu'il est de "la responsabilité des pouvoirs légitimes de l'Etat d'assurer l'ordre constitutionnel", ouvre la voie à de nouvelles mesures du gouvernement de Mariano Rajoy contre les dirigeants indépendantistes. M. Rajoy, silencieux depuis dimanche soir, n'avait pas réagi mercredi à la mi-journée.

"De l'huile sur le feu"

Un groupe de Catalans anti-indépendantistes, appuyé par le Parti populaire (PP, conservateur) au pouvoir à Madrid, a appelé "tous les Catalans qui ne sont pas d'accord" à manifester dimanche à Barcelone. Pour sa part, le porte-parole du gouvernement catalan Jordi Turull a accusé le roi d'avoir "jeté de l'huile sur le feu" avec son discours.

La première réaction de l'Etat espagnol après l'allocution royale a été la convocation "en vue de leur inculpation" du chef de la police catalane Josep Lluis Trapero ainsi que d'une de ses subalternes, dans le cadre d'une "enquête pour sédition". Des dirigeants des deux principales associations indépendantistes ont reçu la même convocation.

L'enquête porte sur des faits survenus le 20 septembre, lorsque l'arrestation de 14 hauts responsables de l'exécutif séparatiste catalan avait provoqué d'importantes manifestations à Barcelone. La police catalane a été accusée d'avoir tardé à intervenir pour dégager des Gardes civils encerclés dans un bâtiment après une perquisition.

Appel européen au dialogue

La crise catalane a aussi été abordée mercredi au Parlement européen. Madrid et Barcelone doivent renouer le "dialogue" pour sortir d'une crise née d'un référendum "illégal", a plaidé la Commission européenne.

"Il est grand temps de dialoguer, de parler, de trouver une voie en dehors de l'impasse et de travailler conformément à l'ordre constitutionnel espagnol", a insisté le vice-président de l'exécutif européen, Frans Timmermans.

Dans son intervention devant les eurodéputés - à l'occasion d'un bref débat "d'urgence", rajouté au dernier moment à l'ordre du jour de la session plénière à Strasbourg -, M. Timmermans a rappelé que l'UE considérait comme "illégal" le référendum d'autodétermination de dimanche, tout en déplorant les violences policières.

Le chef du gouvernement d'Andorre, principauté bordée par la France et l'Espagne, a appelé au "dialogue politique" en Catalogne, la seule voie pouvant selon lui permettre de trouver une solution.