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Le ton se durcit entre Bagdad et Erbil

Zürich, 18.09.2017

 

Le ton s'est durci lundi entre Bagdad et Erbil avec la décision de la Cour suprême irakienne de suspendre le référendum au Kurdistan. Le ministre britannique de la Défense allait pour sa part rencontrer le président kurde Massoud Barzani pour renforcer la pression.

Après deux votes du Parlement fédéral à Bagdad hostiles au référendum, la plus haute juridiction du pays a décidé la suspension du vote dans la région autonome pour inconstitutionnalité. Le porte-parole de la Cour suprême, Ayas al-Samouk, a expliqué que l'instance avait "reçu plusieurs plaintes", dont une requête en inconstitutionnalité soumise par le Premier ministre Haider al-Abadi et a donc "décidé qu'il fallait suspendre le référendum" prévu dans une semaine.

M. Barzani a déjà indiqué qu'une victoire du "oui" ne mènerait pas à une déclaration d'indépendance immédiate mais plutôt au début de "discussions sérieuses avec Bagdad" pour "régler tous les problèmes". Ce référendum est principalement, assurent les experts, un moyen de pression pour arracher au pouvoir à Bagdad des concessions sur les contentieux du pétrole et des finances.

M. Abadi, qui répète régulièrement être prêt au dialogue avec M. Barzani, a toutefois durci ces derniers jours le ton: il s'est dit prêt à une "intervention militaire" en cas de menace venue notamment des combattants kurdes peshmergas.

Son prédécesseur, Nouri al-Maliki, désormais vice-président, a lui comparé l'indépendance du Kurdistan à la création d'un "deuxième Israël", provoquant une passe d'arme avec le vice-président du Parlement kurde Jaafar Aimenky qui lui a sèchement répondu. "Israël n'a pas tué autant d'Arabes que Nouri al-Maliki pendant toutes ses années au pouvoir", a-t-il dit.

Combats quotidiens

Dans le même temps, Ankara, qui dénonce depuis des mois le référendum d'Erbil, a débuté lundi un exercice militaire à la frontière avec le Kurdistan, assurant poursuivre en parallèle "des opérations anti-terroristes dans la région frontalière" en proie à des combats quotidiens entre l'armée turque et les séparatistes kurdes du PKK.

Les craintes s'accroissent également sur de possibles violences entre Irakiens, impliquant notamment les peshmergas et la myriade d'unités paramilitaires disséminées à travers le pays qui pourraient se disputer les zones reprises aux djihadistes.

L'influent commandant chiite Hadi al-Ameri, chef de l'organisation Badr, puissant groupe paramilitaire irakien soutenu par Téhéran, a multiplié ces derniers temps les mises en garde contre "la guerre civile". Il a effectué lundi une visite surprise dans la province disputée de Kirkouk, où les tensions sont les plus latentes.

Décision "unilatérale"

L'Iran a menacé dimanche de fermer sa frontière avec le Kurdistan et de mettre fin à tous les accords de sécurité qui les lient - et qui ont joué un grand rôle pour arrêter la percée fulgurante des djihadistes en 2014. Alors que les craintes de violences se multiplient, d'autres acteurs ont plaidé pour la voie diplomatique et le dialogue.

L'ONU a proposé à Erbil d'abandonner ce référendum en échange de son aide pour mener sous trois ans des négociations concluantes avec Bagdad. Elle n'a jusqu'ici pas reçu de réponse de M. Barzani.

Le ministre britannique de la Défense Michael Falon doit rencontrer le président kurde dans l'après-midi pour lui redire que Londres "ne soutient pas le référendum" qu'il a qualifié d'"erreur dangereuse". D'autres pays pourraient également endosser la proposition onusienne.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a dénoncé "une décision unilatérale" qui va "amoindrir" la lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI), menée par les forces fédérales irakiennes et les peshmergas, appuyés par la coalition internationale emmenée par Washington.

Le référendum sur l'indépendance que souhaitent organiser les Kurdes irakiens le 25 septembre serait une "initiative inopportune", a pour sa part estimé lundi le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, prônant un dialogue entre Bagdad et le Kurdistan irakien autonome.