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Le référendum kurde, un moyen de pression plus que d'émancipation

Zürich, 21.09.2017

 

Les Kurdes d'Irak doivent voter le 25 septembre pour l'indépendance. Mais, pour les experts, ce référendum est plus un moyen de renégocier avec Bagdad la part des Kurdes dans l'économie et la politique que le début de la partition du pays.

Massoud Barzani, président de cette région autonome du nord de l'Irak, a annoncé en juin la date de ce référendum, que Bagdad ne reconnaît pas.

Depuis, les rues d'Erbil se sont couvertes de drapeaux kurdes. Et, ces derniers jours, d'immenses foules enthousiastes ont acclamé dans des stades ou des amphithéâtres remplis à plein M. Barzani, qui sillonne le Kurdistan et multiplie les meetings.

Aussitôt l'annonce faite, les appels à l'annulation ont plu de l'étranger. Pourtant, dès juillet, le représentant d'Erbil à Téhéran, Nazem Dabbagh, a affirmé que le référendum visait plus à "régler (les) problèmes avec l'Irak" qu'à s'en "séparer".

Rétorsions annoncées

La Turquie, l'Iran et l'Irak ont appelé jeudi les autorités du Kurdistan irakien à annuler le référendum. Faute de quoi ils envisageraient de se concerter sur des mesures de rétorsion.

Les chefs de diplomatie des trois pays ont tenu une réunion mercredi à New York en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Ils y ont réitéré leur "opposition sans équivoque au référendum", selon un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères diffusé jeudi matin.

Les ministres ont décidé "d'exhorter le KRG (les autorités du Kurdistan irakien, ndlr) à renoncer à tenir le référendum", et ont insisté sur "le besoin d'efforts internationaux concertés pour convaincre le KRG d'annuler" le scrutin.

Alternatives

Seul Israël a dit soutenir l'indépendance du Kurdistan. Les pays voisins, Washington et d'autres plaident pour que le Kurdistan, autonome depuis 1991, règle ses différends avec Bagdad sans découper l'Irak, où les djihadistes tiennent encore deux fiefs.

L'ONU a présenté des "alternatives" à M. Barzani, qui jusqu'ici semble décidé à maintenir la pression pour renforcer sa position face à Bagdad mais aussi à ses opposants.

Car, au Kurdistan, électeurs et politiciens ne discutent pas tant l'idée d'un État - le rêve de tous depuis longtemps- que celui du calendrier visant, selon eux, à maintenir au pouvoir M. Barzani, au mandat expiré depuis deux ans.

Crise économique

M. Barzani a prévenu que ce résultat ne mènerait pas à une déclaration d'indépendance immédiate mais plutôt au début de "discussions sérieuses avec Bagdad", dans le but de "régler tous les problèmes".

Alors que de nombreuses questions épineuses sont toujours en suspens, "Massoud Barzani veut obtenir des avantages tout azimuts", explique Karim Pakzad, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Il réclame "un plus grand rôle politique et économique ainsi que la reconnaissance du droit des Kurdes à exploiter et à exporter le pétrole du nord", poursuit ce spécialiste de l'Irak. Et des Etats-Unis, il espère plus d'aide, notamment militaire.

Depuis des mois, rapporte Nozad Mohammed, instituteur à Souleimaniyeh, le gouvernement local "affirme que c'est la crise" et a réduit les salaires des fonctionnaires. "J'étais payé 1,2 millions de dinars irakiens (environ 860 euros), mais je ne perçois plus que 400'000", se lamente-t-il.

"Guerre civile"

L'autre grand dossier, ce sont les zones qu'Erbil et Bagdad se disputent, faisant valoir le poids démographique des Arabes et des Kurdes. Le Kurdistan a déjà élargi de fait son territoire et les peshmergas ont pris le contrôle de zones hors de ses frontières en profitant des reculs des djihadistes dans le nord.

Dans ces zones où les combats contre les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont laissé derrière une myriade de forces paramilitaires chiites, kurdes, sunnites ou encore turkmènes, le spectre du confessionnalisme et des affrontements entre minorités pointe de nouveau.

C'est vers Kirkouk, riche province pétrolière rattachée à Bagdad, que tous les regards sont tournés, tant les ingrédients pour une explosion sont réunis.

La province, où vivent de nombreuses minorités, a décidé de passer outre l'accord du gouvernement pour organiser le référendum sur son territoire. En retour, Bagdad a limogé son gouverneur, kurde, qui refuse de quitter son poste. Sur place, la rumeur va crescendo sur des distributions d'armes dans les différentes communautés.