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Le pays toujours plus isolé sur la scène internationale

Zürich, 08.08.2017

 

La pression internationale montait mardi sur le Venezuela, confronté à une violente crise politique. L'ONU a dénoncé "un usage excessif de la force" lors des manifestations et 15 ministres des Affaires étrangères de la région se sont réunis pour évaluer la situation.

"Depuis le début des manifestations en avril, on constate une tendance évidente à l'usage excessif de la force à l'encontre des manifestants", a déclaré le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad al Hussein.

Il a évoqué des "traitements cruels, inhumains ou dégradants" contre les personnes arrêtées, "s'apparentant dans certains cas à des actes de torture".

Selon l'ONU, les forces de sécurité et les milices progouvernementales sont responsables de la mort d'au moins 73 manifestants de l'opposition.

Le président socialiste Nicolas Maduro fait face depuis avril à un vaste mouvement de protestation pour exiger son départ, alors que le pays pétrolier, autrefois le plus riche d'Amérique du Sud, a sombré économiquement. Les manifestations ont déjà fait 125 morts en quatre mois.

Nouvelle condamnation en vue

Et mardi, le Venezuela s'exposait à une nouvelle condamnation internationale: 15 ministres des Affaires étrangères d'Amérique latine et du Canada se réunissaient à Lima pour évoquer cette crise.

Le pays a déjà été suspendu samedi du Mercosur, le marché commun sud-américain, pour "rupture de l'ordre démocratique". Lundi, le président colombien Juan Manuel Santos n'a pas exclu de rompre les relations avec le Venezuela si "cela continue".

Sourd à ces mises en garde, le gouvernement poursuit son entreprise de reprise en main des institutions. Pour contourner le Parlement, à majorité d'opposition depuis début 2016, il a installé samedi une toute-puissante Assemblée constituante, dotée du pouvoir de dissoudre le Parlement et de réécrire la Constitution du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013.

Légitimité non reconnue

Mardi, le département d'Etat américain a rappelé que "les Etats-Unis ne reconnaissent pas la légitimité de l'Assemblée constituante". "C'est le produit illégitime d'une procédure irrégulière conçue par un dictateur", a tweeté sa porte-parole, Heather Nauert, en référence au président Maduro.

Washington a déjà imposé des sanctions financières directes au chef de l'Etat, une mesure extrêmement rare, et n'a pas exclu de se montrer encore plus drastique à l'avenir.

Appel à bloquer les routes

La Constituante, rejetée par 72% des Vénézuéliens selon l'institut de sondages Datanalisis, devait se réunir à nouveau mardi au sein même du palais législatif.

L'opposition a appelé à de nouveaux blocages de routes ce jour, après quelques jours sans manifestations, une pause inhabituelle mais sans doute due à un certain découragement après l'installation de la Constituante qu'elle n'a pas réussi à bloquer.

L'armée, pièce centrale

Dans ce climat tendu, le gouvernement et le haut commandement militaire continuent d'afficher leur unité, cruciale dans ce pays où l'armée est une pièce centrale de l'échiquier politique. Sa loyauté a cependant été ébranlée après la mise en échec dimanche d'une attaque menée par un ancien officier et un complice au sein de l'armée, qui a fait deux morts.

La Constituante, qui compte siéger pendant deux ans, a entamé ses travaux samedi en commençant à faire le ménage parmi les voix critiques. Elle a ainsi destitué la procureure générale Luisa Ortega, devenue ces derniers mois l'une des principales adversaires du président, et l'a remplacée par un fidèle du pouvoir.

"Chasse aux sorcières" redoutée

Sa prochaine action pourrait être de priver d'immunité parlementaire certains députés d'opposition pour les envoyer en prison. L'opposition, qui voit dans l'Assemblée constituante une tactique de M. Maduro pour prolonger son mandat au-delà de 2019 et instaurer une "dictature communiste", redoute une "chasse aux sorcières".

Déjà mardi, la Cour suprême a condamné à quinze mois de prison le maire du district de Chacao, un bastion de l'opposition dans l'est de Caracas. Mercredi elle jugera un autre maire du camp adverse, David Smolansky.