Gazenergie

Le coronavirus a dopé les applications de recrutement à la demande

Zürich, 11.06.2020

 

Les applications de travail temporaire ont gagné en importance durant la crise sanitaire, à en croire les sociétés du secteur. Ces plateformes auraient l'avantage d'offrir une plus grande flexibilité aux employés et aux entreprises. Elle n'échappent cependant pas à la chute du nombre de places vacantes.

Passer d'un poste de commis de cuisine à celui d'ouvrier agricole ou d'un emploi dans la vente à la logistique: certaines personnes ont dû se rabattre sur un métier pour lequel elles n'avaient aucune expérience, explique à AWP Yves Schneuwly, directeur général de l'application de recrutement à la demande Coople.

Ces passerelles ne peuvent cependant pas être empruntées par l'ensemble des utilisateurs de ces plateformes numériques. "Tous les employés ne disposent pas de cette flexibilité", considère M. Schneuwly.

Lorsque le Conseil fédéral a imposé des restrictions pour endiguer la progression du coronavirus le 16 mars, les offres pour des emplois dans l'hôtellerie-restauration, l'événementiel ou le tourisme se sont effondrées du jour au lendemain. "Sur la plateforme Coople, nous avons pu suivre les effets de la crise en temps réel", affirme le patron de la société zurichoise.

"En même temps, des secteurs complètement différents comme la logistique ou la distribution alimentaire ont soudainement eu un besoin accru de personnel", note Amira El Maghrabi, spécialiste en marketing pour la plateforme Adia, exploitée par le géant du travail intérimaire Adecco.

Au-delà de la capacité des professionnels à travailler dans un secteur qui leur est inconnu, le nombre de postes a fondu comme neige au soleil. Certaines grandes entreprises, pourtant très demandeuses, ont arrêté de publier des offres, constate Coople. Le prestataire de services aéroportuaires Swissport, qui travaille avec la plateforme depuis 2015, est cité en exemple.

Selon la faitière Swissstaffing, le nombre d'heures travaillées par les travailleurs temporaires a diminué en rythme annuel de 15% entre février et avril. Cette baisse ne prend pas en considération le chômage partiel.

La tendance se renforce

Les applications de recrutement à la demande ont de beaux jours devant elles, selon leurs exploitants. Les entreprises vont de plus en plus recourir à ces plateformes pour mieux réagir aux fluctuations causées par la crise. La tendance était déjà apparente avant la pandémie de coronavirus, relativise cependant Yves Schneuwly.

Après avoir dû procéder à des licenciements, les restaurateurs - entre autres - pourraient intensifier leur présence sur Adia, Coople et consorts. "Dans cette phase de reprise, beaucoup se tournent vers une main-d'oeuvre flexible", selon M. Schneuwly.

Cependant, le recours à la technologie ne peut se suffire à lui-même. En Suisse, le marché du travail est très libéral. Même les personnes au bénéfice d'un contrat à durée indéterminée pourraient se retrouver rapidement à la recherche d'un emploi, explique Annalisa Job, porte-parole chez Adecco Suisse. Les entreprises devraient ainsi soigner leur image afin de recruter les meilleurs profils.

Malgré l'explosion de la demande sur les applications de travail temporaire, un potentiel de croissance subsiste. La proportion d'employés placés et rémunérés par des agences spécialisées s'élève en Suisse à 1,2% du total, selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), qui ne donne aucun détail sur le recours aux plateformes numériques.

Selon une enquête menée en 2018 par Swissstaffing, près d'un tiers des sociétés de travail temporaire reconnaissent les applications comme un outil central de recrutement. Coople revendique quelque 300'000 utilisateurs en Suisse. "Chaque mois, 8000 à 10'000 nouveaux utilisateurs s'inscrivent", considère Yves Schneuwly.

Adia ne divulgue aucun chiffre. L'application a été téléchargée plus de 100'000 fois sur Google Play. Pour Amira El Maghrabi, ces statistiques sont à prendre avec des pincettes, car certains utilisateurs sont inactifs.

tv/jb/rw/fr/jh