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La province d'Idleb, ultime grand bastion rebelle et djihadiste

Zürich, 27.10.2018

 

La province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, est l'ultime grand bastion insurgé et djihadiste du pays. A ce titre, il est dans le viseur du régime de Bachar al-Assad, déterminé à reconquérir l'ensemble du territoire.

Vendredi, sept civils ont été tués dans des bombardements du régime à Idleb, le bilan le plus élevé depuis l'entrée en vigueur d'un accord russo-turc devant éviter un assaut du régime. Les raids interviennent alors qu'un sommet doit réunir samedi à Istanbul les dirigeants turc, russe, français et allemand.

C'est dans cette province, largement dominée par les djihadistes, que le régime a envoyé des dizaines de milliers de rebelles et civils, après leur évacuation d'autres bastions insurgés repris au terme de sièges et d'assauts dévastateurs.

Idleb dans la guerre

La province d'Idleb a une importance stratégique: elle est située à la frontière avec la Turquie, parrain des rebelles, et près de la province côtière de Lattaquié, fief du régime Assad. Avant la guerre déclenchée en 2011, la majorité des habitants travaillaient dans l'agriculture.

En mars 2015, l'Armée de la Conquête (Jaich al-Fatah), une coalition composée de groupes rebelles islamistes et djihadistes comme le Front al-Nosra (ex-branche syrienne d'Al-Qaïda), s'empare de la ville d'Idleb, chef-lieu de la province. Actuellement, plus de la moitié de la province est sous le contrôle de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), organisation dominée par l'ex-branche d'Al-Qaïda.

D'importants groupes rebelles islamistes y sont aussi présents. En février, les groupes Ahrar al-Cham et Noureddine al-Zinki, qui contrôlent des zones à la frontière des provinces d'Idleb et d'Alep, ont fusionné. Le 1er août, quatre autres factions rebelles se sont jointes à cette alliance pour former, à l'instigation d'Ankara, le Front national de libération (FNL).

Attaques chimiques

Les forces du régime ont été accusées maintes fois de recourir à des armes chimiques dans la province. Le 4 avril 2017, une attaque au gaz sarin à Khan Cheikhoun a fait plus de 80 morts dont plus de 30 enfants selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). En octobre 2017, les experts de l'ONU et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) ont pointé du doigt le régime.

En 2016, une commission d'enquête de l'ONU et de l'OIAC a conclu que des hélicoptères militaires syriens avaient répandu du gaz de chlore sur deux autres localités, à Talmenes, le 21 avril 2014, et Sarmine, le 16 mars 2015. Cette commission a aussi accusé le régime d'une attaque à l'arme chimique, sans doute du chlore, à Qmenas, en mars 2015. En février 2018, 11 cas de suffocation ont été rapportés à Saraqeb, des sources médicales faisant état d'un "gaz toxique".

"Idleb, notre but"

En décembre 2017, les prorégime lancent une opération contre le sud-est de la province d'Idleb, qui leur permet de reprendre des dizaines de villages et localités, ainsi que l'aéroport militaire d'Abou Douhour. "Idleb est désormais notre but, mais ce n'est pas le seul", déclare fin juillet M. Assad.

En août, les forces du régime bombardent des positions rebelles et djihadistes dans la province et larguent des tracts appelant les habitants à se rendre. Le 8 septembre, la province est frappée par les raids aériens russes les plus "intenses" en un mois. Le lendemain, le régime et son allié russe bombardent la région à coups de missiles et de barils d'explosifs.

Selon l'ONU, une offensive contre Idleb pourrait faire jusqu'à 800'000 déplacés et provoquer "une catastrophe humanitaire". Aujourd'hui, quelque trois millions de personnes, dont la moitié sont des déplacés, vivent dans la province d'Idleb et les poches insurgées des régions voisines de Hama, Alep ou encore Lattaquié, selon l'ONU. Des troupes turques sont par ailleurs stationnées dans des postes d'observation de la région d'Idleb.

Accord russo-turc

Le 17 septembre, les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan se sont mis d'accord pour créer une "zone démilitarisée" sous contrôle russo-turc. Large de 15 à 20 km, elle doit servir de zone tampon entre les territoires insurgés d'Idleb et ceux tenus par le régime tout autour.

Les groupes rebelles ont annoncé avoir retiré leur artillerie lourde des secteurs qui doivent former la future zone tampon. Mais l'échéance du retrait des djihadistes de ces mêmes secteurs avant le 15 octobre n'a pas été respectée.

Ankara et Moscou ont depuis accordé un délai supplémentaire aux djihadistes.