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Kurdistan: les pressions rendent incertaine la tenue du référendum

Zürich, 22.09.2017

 

L'incertitude était totale vendredi sur la tenue lundi au Kurdistan irakien du référendum d'indépendance. Cela en raison d'énormes pressions et menaces internationales pour annuler cette consultation qui pourrait entraîner des troubles dans le pays.

Le président de la région autonome du Kurdistan Massoud Barzani devrait samedi, lors d'une conférence de presse à Erbil, faire connaître sa position finale, alors que des représentants étrangers se succèdent pour tenter de le convaincre de renoncer.

Mais il a déjà martelé qu'il ne céderait pas à la pression. "Maintenant le référendum n'est plus entre mes mains, ni entre celles des partis, il est entre les vôtres", a-t-il dit vendredi lors de son dernier meeting devant des milliers de personnes réunies au stade de football d'Erbil. "Nous sommes prêts à un dialogue sérieux avec Bagdad, mais après le 25 septembre, parce que maintenant c'est trop tard", a-t-il ajouté.

Une source kurde haut placée à Souleimaniyeh a affirmé vendredi que le redoutable chef d'une unité d'élite des Gardiens de la révolution iraniens, le général Qassem Soleimani, est revenu au Kurdistan pour une ultime rencontre avec les responsables de la région.

Il est aujourd'hui a Souleimaniyeh et doit se rendre ensuite à Erbil. "C'est sa dernière visite avant le référendum. Il s'agit d'avertir les responsables kurdes que l'Iran y est sérieusement hostile et les mettre en garde afin qu'ils y renoncent", selon cette source.

Téhéran pousse pour des négociations

"Les Iraniens poussent toujours pour des négociations entre le Kurdistan et Bagdad. Il a informé ses interlocuteurs que l'Iran faisait pression sur Bagdad pour qu'il accepte les demandes kurdes et règle le contentieux sur le budget, le salaire des peshmergas et les régions disputées", a ajouté cette source.

En 2014, en raison d'un conflit sur les exportations de pétrole, Bagdad avait décidé de ne plus verser les 17% du budget national, soit 12 milliards de dollars à la région kurde .

Les conséquences se sont faites immédiatement sentir puisque ce transfert représentait 80% des recettes du budget de la région. Les salaires, y compris ceux des combattants peshmergas ont été écornés.

Les régions disputées sont des zones qui sont constitutionnellement sous l'autorité de Bagdad et que le Kurdistan revendique, comme la région pétrolière de Kirkouk, des zones dans le nord et le centre du pays.

Conseil de sécurité préoccupé

Le Conseil de sécurité de l'ONU a exprimé jeudi dans un communiqué "sa préoccupation face à l'impact potentiellement déstabilisateur du projet du gouvernement régional du Kurdistan de tenir de manière unilatérale un référendum la semaine prochaine".

"Les membres du Conseil "appellent à la résolution de tout problème entre le gouvernement fédéral et le gouvernement régional du Kurdistan dans le cadre de la Constitution irakienne, via un dialogue", souligne le texte.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a affirmé mardi qu'il rejetait toute forme de référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien, même si les Kurdes affirment qu'il ne conduira pas immédiatement à l'indépendance.

"Négociations sans préconditions"

L'Arabie saoudite a appelé mercredi Massoud Barzani à renoncer au référendum pour éviter de "nouvelles crises". Par ailleurs, la Turquie, l'Iran et l'Irak, malgré leurs divergences, se sont unis pour dénoncer cette consultation.

La Turquie est même allée plus loin vendredi en jugeant ce référendum "illégitime et inacceptable". Le Conseil de sécurité nationale turc a exhorté les autorités kurdes d'Irak à l'annuler à l'issue d'une réunion présidée par le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan.

Zones disputées

Alors que l'offensive contre l'EI bat sont plein, les tensions sont vives entre le Kurdistan et le gouvernement fédéral, notamment dans les zones disputées que le Kurdistan voudrait faire voter.

Le référendum est "une hypocrisie, c'est uniquement un moyen de faire pression sur le gouvernement central. (...) Nous sommes prêts à l'affrontement jusqu'à la mort", martèle Atef Annajar, responsable du Hachd al-Chaabi - qui regroupe des unités paramilitaires majoritairement chiites - à Touz Khormatou.

Cette ville située dans la province de Salaheddine fait partie, comme Kirkouk, des régions d'Irak revendiquées tant par le pouvoir central de Bagdad que par la région autonome du Kurdistan.