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Doris Leuthard va quitter le Conseil fédéral après 12 ans

Zürich, 27.09.2018

 

La conseillère fédérale PDC Doris Leuthard a annoncé jeudi, deux jours après son collègue PLR Johann Schneider-Ammann, son départ du gouvernement à fin 2018. Le bilan de la ministre est largement salué, en particulier son rôle dans la sortie du nucléaire.

L'annonce a été faite dans la matinée par le président du National Dominique de Buman. "J'ai fait mon travail avec beaucoup de coeur et j'espère que je l'ai bien fait", a ensuite déclaré Doris Leuthard devant la presse en français, en allemand et en italien, la voix étranglée et en essuyant quelques larmes.

L'Argovienne de 55 ans, en poste depuis 2006, avait déjà décidé depuis longtemps d'annoncer son départ cet automne. Elle a invoqué une certaine lassitude.

La démocrate-chrétienne, doyenne de fonction du gouvernement, avait initialement prévu son annonce pour vendredi. Elle l'a anticipé d'un jour pour faire taire les spéculations. L'annonce de Johann Schneider-Ammann n'a joué aucun rôle, ni les décisions du Conseil fédéral sur la politique européenne, attendues vendredi.

Celle qui a été ministre de l'économie de 2006 à 2010 puis cheffe du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC), se réjouit d'avoir plus de temps pour sa famille et sa vie privée. Pas question en revanche de dévoiler ses plans professionnels.

Bilan et style salués

"Rassembleuse", "fiable", "compétente", "expérimentée", "visionnaire", dotée d'une "forte personnalité": des élus de gauche comme de droite ont salué le style et le bilan de la démissionnaire. "C'est une grande perte", a déclaré à l'agence Keystone-ATS le président du PDC Gerhard Pfister.

Le PS mais aussi Greenpeace ont relevé le rôle que Doris Leuthard a joué dans le tournant énergétique et l'abandon du nucléaire. Pour le PLR, le plus grand mérite de la cheffe du DETEC est d’avoir assuré le financement à long terme de l’infrastructure des transports.

Mais des voix critiques se sont aussi élevées. La vice-présidente de l'UDC et conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz lui reproche d'avoir glissé "de plus en plus à gauche" et de ne pas avoir assez défendu les intérêts de la route.

Pro Natura juge qu'elle n'a pas assez fait en faveur de la biodiversité. Elle n'a pas donné d'élan significatif à la politique de transfert des marchandises de la route au rail, regrette encore l'Initiative des Alpes. Greenpeace déplore les tentatives de retarder le débranchement de centrales nucléaires.

"Le centre a droit à un siège"

En ce qui concerne la succession de l'Argovienne, le PDC estime pouvoir légitimement revendiquer un siège au Conseil fédéral vu qu'il est le 4e plus grand parti de Suisse. La procédure de sélection sera présentée vendredi après-midi.

Le PLR n'entend pas remettre en cause ce fauteuil. L'UDC Céline Amaudruz a elle indiqué que "le centre a le droit à un siège".

Pour le politologue bernois Mark Balsiger, contacté par Keystone-ATS, la double vacance au Conseil fédéral pourrait favoriser la candidature d'hommes, d'autant que le remplacement de Doris Leuthard interviendra avant celui de Johann Schneider-Ammann. Question d'ancienneté.

Mais la présidente du PLR Petra Gössi a assuré que la démission de la ministre PDC ne changeait rien à la stratégie des libéraux-radicaux pour la succession de "leur" conseiller fédéral. Et de répéter ce qu'elle a dit mercredi: cela ferait du bien au PLR de porter une femme au gouvernement.

Le PS et Les Verts veulent des femmes

Pour Les Verts, ce double retrait est plus que jamais l'occasion de ménager plus de place aux femmes, "afin de leur assurer une représentation adéquate", a tweeté le parti. Le PS partage ce point de vue.

Pour Céline Amaudruz, la ligne politique de la personne est plus importante que le genre. La Genevoise ajoute toutefois que c'est un critère dont il faut tenir compte, au même titre que la représentation des régions. Et d'inviter chaque parti à prendre ses responsabilités et à présenter au moins une femme.

"Au vingtième siècle, un parti ne peut pas se permettre de ne pas accorder d'attention à la représentation féminine", a déclaré pour sa part le président du PDC Gerhard Pfister. Parmi les personnalités évoquées pour succéder à Doris Leuthard, la conseillère nationale valaisanne Viola Amherd fait figure de favorite.

"Je vais discuter avec mes proches et mon parti d'une éventuelle candidature", a déclaré l'intéressée à Keystone-ATS. Le nom de la Bâloise Elisabeth Schneider-Schneiter est aussi souvent avancé.