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Craintes et colère pour le reconfinement en Azerbaïdjan

Zürich, 21.06.2020

 

Les craintes se mêlaient à la colère dimanche en Azerbaïdjan avec l'entrée en vigueur du reconfinement, décidé pour endiguer la flambée de contaminations au coronavirus qui a suivi l'assouplissement fin mai des restrictions.

A partir de dimanche et jusqu'au 1er août, centres commerciaux, cafés, restaurants et salons de beauté de Bakou, la capitale, et des autres grandes villes sont obligés de fermer.

Les habitants ne seront autorisés à sortir qu'une "fois par jour, pour deux heures au maximum, après avoir reçu par texto une permission" des autorités, a déclaré le Premier Ministre Ali Asadov dans un communiqué.

Lors du confinement précédent, aucune autorisation n'était nécessaire pour aller faire ses courses ou consulter un médecin dans ce pays du Caucase du Sud.

L'état d'urgence décrété en mars en Azerbaïdjan pour empêcher la propagation du virus a été levé fin mai, tout comme la plupart des restrictions.

Le reconfinement dans ce pays riche en pétrole intervient alors que le nombre de contaminations y a presque doublé durant les deux dernières semaines.

Au total, le pays d'environ 10 millions d'habitants recensait officiellement dimanche 12'238 cas de coronavirus, dont 148 décès.

"Conséquences imprévisibles"

Selon un récent sondage du Centre public des études sociales, 93% des Azerbaïdjanais se disent préoccupés par la deuxième vague de Covid-19.

"Les statistiques du coronavirus se détériorent quotidiennement. C'est effrayant. J'ai peur d'une deuxième vague", confie à l'AFP Leyla Guliyeva, étudiante de 20 ans.

Pour elle, "une nouvelle quarantaine est une mesure nécessaire pour empêcher la propagation du virus".

Pour sa part, le chauffeur de taxi Shahin Mamedkuliyev ne cache pas sa colère.

"Le gouvernement nous met de nouveau dans des cages, comme les animaux dans un zoo", dénonce-t-il. "Si nous ne pouvons pas travailler, nous n'aurons pas notre pain quotidien".

Ces émotions sont partagées par la coiffeuse Farida Akhmedova. "Je ne trouve pas de mots pour exprimer à quel point je suis en colère", dit cette femme de 38 ans.

"Nous serons forcés de nouveau à rester à la maison sans rien faire et le gouvernement ne nous remboursera pas nos pertes financières", ajoute-t-elle.

Les autorités ont versé des compensations à ceux qui ont perdu leur emploi en raison du premier confinement mis en place au printemps. Mais cette fois, aucune aide financière n'a été promise.

Selon des analystes, cette situation risque d'aboutir à "des conséquences sociales et politiques imprévisibles", alors que le pays s'attend à une hausse de la pauvreté provoquée par la récession économique qui s'annonce.

En avril, le Produit intérieur brut (PIB) a chuté de 2,6% par rapport à la même période l'année précédente, et l'activité économique hors secteur pétrolier a chuté de 13%, selon un rapport de la Banque mondiale.

"Le gouvernement doit continuer de verser des compensations sociales alors que l'économie est à l'arrêt", estime l'analyste économique Gubad Ibadoglu, mettant en garde contre une "révolution populaire" dans le cas contraire.

Déconfinement "injustifié"

Des experts de la santé ont critiqué la gestion de la crise de coronavirus par les autorités azerbaïdjanaises, estimant que les restrictions avaient été levées très tôt.

"L'assouplissement des restrictions il y a trois semaines était injustifié, il a été suivi d'une hausse de cas et de décès", déclare Ali Aliyev, professeur à l'Université médicale de Bakou.

"Paradoxalement, nous entrons en reconfinement alors que la vie revient à la normale dans la majorité des autres pays", ajoute-t-il.

Pour leur part, les autorités affirment que la situation est sous contrôle.

"Grâce aux restrictions antivirus instaurées en mars et en avril, nous avons gagné du temps pour préparer les hôpitaux", a déclaré récemment Ramin Bairamly, le porte-parole de la cellule de crise de lutte contre l'épidémie de Covid-19, à la presse.

Selon lui, le pays s'est doté d'un grand nombre de respirateurs artificiels et quelque 7000 lits étaient disponibles pour les patients infectés.

"La situation épidémiologique est sous contrôle", soutient le médecin en chef du pays, en charge des maladies d'infection, Ibadulla Agayev. "Si les gens suivent les recommandations anti-virus, la pandémie va reculer", assure-t-il.