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Course contre-la-montre de l'exécutif pour calmer les gilets jaunes

Zürich, 03.12.2018

 

L'exécutif français a engagé lundi une course contre la montre pour tenter d'apaiser la crise sociale et politique des "gilets jaunes". Il prépare un "geste" afin d'éviter la répétition de violences de plus en plus graves qu'elle a déchaînées.

Le Premier ministre Edouard Philippe va rapidement annoncer des "mesures" afin de permettre "le déroulement serein" de la concertation de trois mois voulue par l'exécutif, a fait savoir son entourage lundi matin. Mercredi à l'Assemblée et jeudi au Sénat, un débat se tiendra avec tous les partis, a-t-on indiqué à Matignon, où se sont succédé en consultation les chefs des principaux partis politiques.

Le chef du gouvernement va "annoncer un geste d'ouverture fort dans les prochains jours", a assuré le président du parti Agir et ministre de la Culture Franck Riester, à sa sortie de Matignon. La pression monte dans l'opposition et dans une partie de la majorité pour un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants prévue le 1er janvier, détonateur de la crise qui dure depuis plus de trois semaines.

Lundi, des accrochages ont opposé des manifestants aux forces de l'ordre à Toulouse lors d'une manifestation lycéenne, qui ont fait sept blessés parmi les policiers, un parmi les pompiers et 11 interpellations après des vols et dégradations de commerces.

L'Arc de Triomphe tagué et saccagé, des grilles du jardin des Tuileries arrachées, des véhicules incendiés, des magasins pillés... Les violences du week-end à Paris ont donné lieu au chiffre record de 363 gardés à vue, selon le parquet de Paris. Parmi eux, 139 suspects ont été présentés à ce stade à la justice et 111 ont vu leur garde à vue prolongée.

Dîner Macron-CRS

En signe de soutien aux forces de l'ordre, le président Emmanuel Macron a dîné avec des CRS et policiers dans une caserne parisienne lundi midi. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, auditionné lundi soir à l'Assemblée et mardi au Sénat sur les violences du week-end, recevra les syndicats de police mardi, a fait savoir Beauvau.

Dépôts pétroliers, routes: des blocages se poursuivaient un peu partout en France lundi, provoquant même des pénuries de carburant en Bretagne et des kilomètres de bouchons à la frontière espagnole. Un mouvement de fronde a saisi aussi les lycées contre les réformes de l'Education nationale.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron a décidé de "reporter" sa visite en Serbie prévue mercredi et jeudi, a annoncé la présidence serbe. Une réunion de crise s'est tenue en fin de journée à l'Elysée en présence du tandem exécutif et de plusieurs ministres, selon des sources concordantes.

Une extrême tension règne après trois samedis émaillés de scènes d'émeutes et des blocages quotidiens. Ainsi, les représentants du collectif "gilets jaunes libres", dont certains ont reçu des menaces de mort, ont indiqué qu'ils n'iraient pas à Matignon mardi, notamment pour "raisons de sécurité".

La contestation est née du refus de la hausse de la fiscalité sur les carburants pour financer la transition écologique. Exacerbée par la question du pouvoir d'achat, sur fond de mépris ressenti par nombre d'habitants des zones rurales et périurbaines, elle s'appuie, selon les sondages, sur le soutien constant de 70 à 80% de l'opinion.

"Cédez ou partez"

La plupart des responsables de l'opposition demandent un moratoire sur la hausse prévue du prix de l'essence et du diesel au 1er janvier. C'est l'un des messages portés lundi devant le Premier ministre notamment par Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Olivier Faure (PS), Benoît Hamon (Génération-s), Jean-Christophe Lagarde (UDI), Marine Le Pen (RN), Florian Philippot (Patriotes) ou encore Laurent Wauquiez (LR). Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et François Bayrou (MoDem) se sont faits représenter.

Seuls les écologistes David Cormand et Delphine Batho n'ont pas demandé de moratoire. Pour Marine Le Pen, il ne reste "que quelques heures pour mettre fin à la stratégie de la confrontation choisie par Emmanuel Macron". A sa sortie de Matignon, la présidente du RN a réclamé des solutions "importantes", "audibles" et "immédiates".

"Le président de la République ne peut pas continuer à rester silencieux", avait jugé dans la matinée le patron des Républicains (LR) Laurent Wauquiez, renouvelant son appel à un référendum sur la transition écologique.