Gazenergie

Clap de fin pour la centrale nucléaire française de Fessenheim

Zürich, 26.06.2020

 

La centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim, aux portes de Bâle, va définitivement arrêter de fonctionner dans la nuit de lundi à mardi. Une décision loin de faire l'unanimité dans cette région frontalière qui redoute un trou d'air économique.

Mise en service en 1977, la doyenne des centrales françaises profite également aux pays voisins: l'Allemagne qui en détient 17,5% et la Suisse (15%).

Longuement débattue, sa fermeture était réclamée par des associations des trois pays et des députés européens écologistes qui critiquaient la vétusté de la centrale, notamment après plusieurs incidents mineurs dans les années 1990 et 2000.

La contestation s'intensifie en mars 2011 après la catastrophe de Fukushima au Japon. Les cantons de Bâle-Ville, Bâle-Campagne et du Jura, le Land allemand du Bade-Wurtemberg, la région Franche-Comté et la ville de Strasbourg demandent l'arrêt des réacteurs. Celui-ci est acté en avril 2017.

Incertitude sur l'avenir

Mais après l'arrêt du premier réacteur en février, les projets d'alternatives économiques à la centrale étaient encore au stade des discussions. Cinq mois plus tard, "on est exactement dans la même situation", se désespère le maire de cette commune de 2500 âmes, Claude Brender, qui parle "d'incertitude totale" sur nombre de sujets.

Les élus locaux pestent à tout va contre "l'indifférence de l'Etat", malgré un "projet d'avenir" signé début 2019 avec l'ambition de faire de cette zone un modèle de reconversion industrielle et énergétique.

Pour M. Brender, cela ne fait aucun doute: le trou d'air tant redouté "aura lieu". "Il n'y a aucune perspective à court terme sur le bassin d'emploi de Fessenheim", regrette-t-il. Une usine de biocombustible issu du bois est bien en projet, avec plusieurs centaines d'emplois à la clé, mais sa mise en service n'est pas prévue avant 2023-2024.

Présentée comme "l'outil opérationnel" de la reconversion du territoire, la société d'économie mixte (SEM) franco-allemande, annoncée en janvier, n'est toujours pas concrétisée. Sa mise en place "se poursuit, la date prévisionnelle de création est fixée à fin 2020", assure-t-on toutefois à la région Grand Est qui en sera le principal actionnaire.

Départs

Seuls soixante salariés d'EDF resteront pour le démantèlement de la centrale vers 2024. Fin 2017, ils étaient encore 750 ainsi que 300 prestataires.

Autrefois zone agricole pauvre, le village de Fessenheim et ses alentours ont vu arriver avec la centrale nucléaire des dizaines de familles dotées de bons revenus, mais aussi des millions d'euros de retombées fiscales. La commune a pu ainsi développer services et infrastructures et voir s'installer un nombre de commerces particulièrement important pour sa taille.

Cet été, quelque 150 familles vont quitter la commune, avant une vague équivalente à l'été 2021.

Sur la vingtaine de maisons mises en vente, dix-sept ont néanmoins déjà trouvé preneurs, selon le maire. "C'est le côté un peu rassurant, ça veut dire que Fessenheim reste attractif, mais c'est le résultat de ces années d'investissements (...) et ça c'est grâce aux retombées de la centrale nucléaire", insiste Claude Brender.

Deuxième parc nucléaire au monde

Malgré la fermeture de la centrale, la France reste le deuxième plus grand parc nucléaire au monde, avec 56 réacteurs, derrière les Etats-Unis (98 réacteurs).

Les centrales nucléaires françaises en activité, réparties sur 18 sites après l'arrêt de Fessenheim, fournissent 70% du total de l'électricité produite dans le pays, ce qui est de loin la plus forte proportion au monde devant la Slovaquie (55%), l'Ukraine (53%) et la Hongrie (51%). Les réacteurs américains ne fournissent quant à eux que 19% du total de l'électricité aux Etats-Unis.