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Cinq faits majeurs dans la carrière de Shinzo Abe

Zürich, 25.09.2017

 

Héritier d'une dynastie politique, le Premier ministre japonais, qui a annoncé lundi vouloir provoquer des élections législatives anticipées, a effectué un premier passage au pouvoir en 2006-2007. Il est redevenu Premier ministre en 2012. Voici cinq faits marquants de son parcours.

- L'héritage du grand-père:

Shinzo Abe a un immense respect pour son grand-père, Nobusuke Kishi, qui fut Premier ministre à la fin des années 50, bien que ce dernier reste dans l'histoire comme étant "un criminel de guerre" jamais jugé lors de sa détention après la défaite japonaise en 1945.

M. Kishi est aussi celui qui a négocié avec les Américains le traité scellant l'alliance avec les Etats-Unis, et le fondateur en 1955 du Parti libéral-démocrate (PLD), aujourd'hui présidé par M. Abe.

Shinzo Abe (à l'instar de nombre de membres du PLD) rêve de concrétiser l'ambition que son grand-père n'a pu réaliser: réformer la Constitution pacifiste du Japon, en introduisant notamment dans l'article 9 (qui précise le renoncement à la guerre) l'existence d'une "armée nationale".

- Les crises avec la Corée du Nord:

M. Abe a construit sa réputation sur son combat pour la restitution par la Corée du Nord des Japonais kidnappés dans les années 1970-80 par le régime de Pyongyang. Il n'oublie jamais d'épingler sur son veston le petit étendard bleu qui symbolise l'action pour faire la lumière sur ce drame national, d'ailleurs évoqué par le président américain Donald Trump dans son discours la semaine passée devant les Nations unies.

La crise actuelle avec la Corée du Nord (avec une recrudescence de tests de missiles et bombes atomiques) et la position ferme que M. Abe tient ("le temps n'est plus au dialogue") lui valent une remontée dans les sondages alors que des scandales l'avait fait plonger.

- Junichiro Koizumi, de mentor à destructeur:

M. Abe a aussi grandi dans le giron de Junichiro Koizumi, un atypique et médiatique Premier ministre de droite de 2001 à 2006. Ce dernier, qui ne se privait pas d'effectuer des visites au sanctuaire patriotique Yasukuni (honni des Chinois et Sud-Coréens qui y voient le symbole de l'impérialisme nippon) avait fait de M. Abe son poulain pour lui succéder en 2006.

Aujourd'hui, MM. Koizumi et Abe ne sont plus en bons termes. Le second s'est émancipé et vise cette fois une longévité au pouvoir dépassant celle de son mentor et le premier est devenu, contrairement à M. Abe, un virulent opposant à l'énergie nucléaire depuis l'accident de Fukushima en 2011.

M. Koizumi garde cependant un motif de satisfaction que ne peut encore brandir M. Abe: celui d'avoir effectué deux spectaculaires voyages en Corée du Nord en 2002 et 2004 et d'avoir récupéré cinq des Japonais enlevés deux ou trois décennies auparavant.

- Un 1er passage raté au pouvoir:

M. Abe a connu un épisode malheureux dans sa carrière: un échec total lorsqu'il est devenu Premier ministre en 2006. Il n'a pu se maintenir en poste qu'un an en raison de nombreuses démissions de ses ministres et d'un mauvais état de santé.

Par la suite, les Premiers ministres PLD se sont succédé tous les ans jusqu'à une alternance de centre-gauche en 2009. Le gouvernement du Parti démocrate du Japon (PDJ), plombé par la triple catastrophe de 2011 (séisme, tsunami et accident nucléaire de Fukushima), n'a pas tenu au-delà de décembre 2012 et, c'est en "sauveur" que M. Abe est revenu.

- La stratégie "abenomics":

Présentée comme le remède aux maux du Japon durant toute la campagne précédant la victoire du PLD aux législatives de 2012, la stratégie de relance économique abenomics a été le principal étendard d'Abe depuis son retour au pouvoir.

Elle a été initialement saluée à l'étranger comme l'opposé audacieux des politiques de rigueur alors prônées en Occident. Avec le recul, et même si M. Abe continue de jurer que "c'est la seule voie possible", les économistes tendent à penser qu'elle est restée au milieu du gué.

Des "trois flèches" initialement décochées, deux (la souplesse monétaire, les largesses budgétaires) ont en partie seulement touché leur cible, quant à la troisième (les réformes structurelles), elle reste loin.