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Belprahon et Sorvilier restent bernois

Zürich, 17.09.2017

 

Ni Belprahon ni Sorvilier ne rejoindra Moutier dans le canton du Jura. Les citoyens des deux villages du Jura bernois ont rejeté dimanche leur transfert dans le canton voisin, à sept voix près pour les premiers, à deux contre un pour les seconds.

Plus de neuf citoyens sur dix dans les deux communes ont participé au scrutin, et même jusqu'à 98% à Belprahon, où seuls cinq électeurs se sont abstenus. Là, le non a réuni 121 voix et le oui 114. A Sorvilier, il y a eu 121 non également, mais seulement 62 oui.

Nouveau recours

Après celui de Moutier le 18 juin, ces deux votes constituent l'épilogue de la Question jurassienne. Cela sous réserve de l'acceptation, formelle, par les citoyens des deux cantons et le Parlement fédéral. Restent aussi ouverts la douzaine de recours déposés contre le résultat de la votation de Moutier et, désormais, celui annoncé par les autonomistes à Belprahon.

Un recours sera lancé, ont prévenu les membres du comité pour le oui. "Durant la campagne déjà, nous avons dénoncé le fait que Belprahon vote avant que le résultat de Moutier ne soit validé", a indiqué à l'ats Aude Sauvain, membre du comité "Belprahon dit oui".

Surprise à Belprahon

La déception était forte à l'annonce du résultat, peu avant 12h30 devant la maison communale où a eu lieu le dépouillement et où de nombreux autonomistes de Belprahon et de Moutier avaient fait le déplacement en attendant l'issue des urnes. Un lourd silence a suivi, avec des partisans du canton du Jura en pleurs.

Le résultat de Belprahon constitue une surprise dans la mesure où ce village de quelque 320 habitants est considéré comme un quartier de la cité prévôtoise. Les citoyens ont jugé qu'ils pouvaient conserver ce lien étroit avec la commune centre, même en n'étant pas dans le même canton. Le projet de fusion sur lequel se prononceront les villages voisins cet automne a aussi pu influencer leur choix.

Sorvilier sans appel

A Sorvilier, où les résultats sont tombés un peu plus d'une heure plus tard, le score est bien plus net et ne souffre d'aucun appel. Le résultat a été accueilli dans le village de quelque 300 habitants par des acclamations et un concert de klaxons, a constaté un journaliste de l'ats sur place.

Ce résultat ne constitue pas une surprise dans la mesure où Sorvilier aurait formé une enclave jurassienne en terres bernoises. Une perspective qui a pu effrayer certains citoyens. "Malgré les engagements pris par le Gouvernement jurassien, de nombreuses personnes ont craint que les collaborations entre Sorvilier et les communes voisines soient remises en cause", a reconnu Delémont.

Déroulement "correct"

Comme pour le scrutin de Moutier, le gouvernement bernois avait mis en place des mesures pour garantir des votations "irréprochables". L'Office fédéral de la justice (OFJ) avait de son côté dépêché des observateurs pour suivre le vote et les opérations de dépouillement.

Tout s'est déroulé de manière correcte, a indiqué Jean-Christophe Geiser, responsable des juristes, cité dans un communiqué de l'OFJ. Les cinq observateurs fédéraux ont supervisé le contrôle des cartes de légitimation, scellé les urnes et suivi l'intégralité du dépouillement.

MAJ vindicatif

Aucun incident n'a par ailleurs été signalé, même si les responsables du Mouvement autonomiste jurassien (MAJ), contrairement aux deux gouvernements, n'ont pas reconnu que ce dimanche mettait un terme à la Question jurassienne, sur le plan politique du moins.

Appelant à poursuivre la lutte devant quelque 150 militants réunis à Moutier, les responsables autonomistes, conservant un vocabulaire vindicatif, ont affirmé que "Sorvilier reste en prison. Ainsi en ont décidé les ennemis du Jura", comme a dit le conseiller communal Jean-Marie Kohler.

Les gouvernements au contraire d'accord sur la fin de la Question jurassienne, politiquement s'entend, n'en ont pas moins marqué leurs différences notamment quant au bien-fondé des recours pendants. Ainsi la présidente du Gouvernement jurassien Nathalie Barthoulot a regretté le climat "délétère" autour du vote ces dernières semaines, et son collègue Charles Juillard n'a pas manqué d'affirmer que les recours pendants ont sans doute eu une influence sur des indécis.

Des remarques contestées par le gouvernement bernois, dont deux représentants sont allés s'exprimer devant les médias à Courtelary, dans le Jura bernois. Delémont n'a pas exclu une "intervention auprès de la Confédération", sans donner plus de précisions. Les deux gouvernements ont également en commun le fait de se projeter davantage dans l'avenir qu'ils ne se répandent sur le passé.

Défi d'un côté, serrer les rangs de l'autre

Ainsi les autorités jurassiennes vont maintenant se concentrer sur le transfert de Moutier, un processus qui va avancer "très rapidement. Il s'agit d'un défi unique, car jamais dans l'histoire suisse une commune de 8000 habitants n'a changé de canton", selon Nathalie Barthoulot.

Le gouvernement bernois appelle lui à "serrer les rangs. Il est temps désormais que tous les camps consacrent ensemble leur énergie au développement de leurs communes. Les habitants de Belprahon et de Sorvilier méritent de tourner la page des oppositions et de saisir les opportunités qui s'offrent à eux", a déclaré le Conseil-exécutif.