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Angela Merkel, la "chancelière inamovible"

Zürich, 24.09.2017

 

Adoubée pour un quatrième mandat de chancelière et déjà forte d'une longévité record en Europe, Angela Merkel a mené une carrière politique aussi remarquable qu'inattendue. Elle a mystifié ses adversaires avec son humilité apparente, toute protestante.

"Et pour l'éternité, amen ?", plaisantait fin mai le quotidien Tageszeitung lors de son investiture. A 63 ans, la "chancelière inamovible" a déjà vu défiler trois présidents américains, quatre français et trois premiers ministres britanniques et semble épargnée par l'usure du pouvoir.

Surnommée "Mutti" ("maman"), moquée pour son style lénifiant, Angela Merkel a "un secret", estimait le philosophe Peter Sloterdijk en 2015: elle répond comme personne "au désir ardent de normalité" des Allemands, éprouvés par leur histoire tourmentée et circonspects face à l'état du monde.

Vu de l'étranger, elle a pris au fil des crises européennes une dimension croissante, d'abord comme "bourreau" des pays dépensiers, avant de se voir présentée en "leader du monde libre" après l'élection de Donald Trump. Sans pour autant infléchir la ligne du milliardaire sur les enjeux-clés, en particulier le climat.

Place dans l'histoire

Qui aurait parié, à l'automne 2005, après sa victoire à l'arraché face au chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, que cette scientifique sans charisme évident, peu au fait des dossiers internationaux, deviendrait incontournable ?

Qui aurait misé sur cette austère fille de pasteur élevée en Allemagne de l'Est ? Pas les dirigeants politiques ouest-allemands qui l'ont longtemps sous-estimée.

Douze ans plus tard, elle s'est imposée comme un animal politique singulier, car malgré sa longévité, sa place dans l'histoire reste aussi incertaine que les principes qui la guident. Elle a largement tiré parti de la prospérité économique favorisée par les impopulaires réformes de M. Schröder, mais ses propres efforts pour préparer l'avenir sont discutables.

Outre la sortie du nucléaire, décidée au printemps 2011 à la suite de la catastrophe de Fukushima, notamment pour satisfaire l'opinion, la crise migratoire est l'événement-phare de ses trois mandats et sans doute sa seule vraie prise de risque.

En septembre 2015, rompant avec sa prudence légendaire, Angela Dorothea Merkel, née Kasner, décide d'ouvrir son pays à 900'000 demandeurs d'asile. Sa popularité plonge, les populistes gagnent du terrain. Elle reprend la main en adoptant une série de mesures et en négociant un accord avec la Turquie pour réduire considérablement les arrivées de réfugiés en Europe.

En Allemagne, il lui faut cependant gérer dans la durée la difficile intégration de ces migrants. En Europe, particulièrement à l'Est, il lui faut composer avec ceux qui l'accusent d'avoir créé un appel d'air et refusent d'accueillir des réfugiés.

Aïkido politique

Mais hormis la crise des réfugiés, son style est marqué par un ultra-pragmatisme guidé par les rapports de force du moment, plutôt que par des convictions personnelles. "Son approche rappelle l'aïkido", cet "art martial des faibles" consistant à "utiliser l'énergie de son adversaire pour le laisser chuter tout seul", analysait récemment le quotidien Handelsblatt.

Sa gestuelle "apaisante" adresse un message: "La politique est d'une complexité infinie et demande expertise et subtilité - les siennes", estimait le journal.

Dans le privé, ses passions connues sont des plus simples: l'opéra et les randonnées avec son second époux, un scientifique de renommée internationale qui fuit la vie publique. On la voit aussi régulièrement le vendredi soir dans un supermarché de Berlin achetant fromage et bouteille de blanc.

Vie sans aspérité

Sa vie d'avant la politique n'a guère connu d'aspérité d'aspérités. Angela Merkel a vécu une enfance austère dans la campagne de RDA, à côté d'un centre pour handicapés, où son père a volontairement installé sa famille afin de contribuer à l'évangélisation de la population dans l'Etat communiste.

Elle devient docteur en chimie quantique en s'accommodant du régime communiste. Ce n'est qu'après la chute du Mur de Berlin qu'elle entre en politique, devenant porte-parole du dernier gouvernement de la RDA avant de rejoindre le parti conservateur CDU.

Le chancelier Helmut Kohl offre à la "gamine" ses premières responsabilités ministérielles. Mais en 2000, profitant d'un scandale financier au sein de son parti, elle lui ravit la CDU, ce qu'il ne lui pardonnera jamais. Consécration cinq ans plus tard: elle devient la première chancelière.