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Allemagne: prison requise dans l'un des derniers procès du nazisme

Zürich, 06.07.2020

 

Il a participé à un "massacre organisé par l'Etat": l'accusation a requis trois ans de prison lundi contre un ancien gardien SS de camp de concentration, jugé en Allemagne dans un des tout derniers procès des atrocités nazies.

Bruno Dey, 93 ans, était un garde SS en avril 1944 et avril 1945 du camp de Stutthof, situé à 40 km de la ville de Gdansk, aujourd'hui en Pologne. Âgé de 17 ans au moment des faits, il est jugé à Hambourg depuis octobre pour complicité du meurtre de 5230 prisonniers -5000 en "créant et maintenant des conditions qui mettent la vie en danger", 200 par gazage et 30 d'une balle dans la nuque.

"Il n'y a aucun doute" sur la culpabilité de l'accusé, qui a "agi intentionnellement", a estimé lundi le procureur Lars Mahnke, qui a requis une peine de trois ans de prison. Le verdict sera rendu le 23 juillet.

En fauteuil roulant

Aujourd'hui boulanger à la retraite, poussé sur un fauteuil roulant par une infirmière, il cache depuis le début des audiences à l'automne son visage derrière une chemise cartonnée. Depuis le début du procès, comme durant l'enquête, Bruno Dey n'a pas nié avoir été gardien mais il assure avoir été obligé d'y travailler.

"Je ne me sens en rien coupable pour ce qui s'est passé à l'époque", avait-il lancé le 20 mai lors d'une audience. "Je n'y ai en rien contribué autrement que par le fait d'être garde", s'était-il défendu.

Ses avocats affirment qu'il n'a pas rejoint volontairement les SS dans le camp mais y fut affecté car sa santé ne permettait pas de le mobiliser au front. Mais pour le procureur, l'accusé a bien participé à un "génocide", à un "massacre organisé par l'État" auquel il avait le choix de se soustraire en "descendant de la tour, remettant son fusil et déclarant qu'il ne pouvait pas continuer".

"Il ne peut pas être fier d'avoir détourné le regard au moment décisif", a dénoncé le procureur, estimant que la justice devait "envoyer un signal d'avertissement clair à tout le monde, même 75 ans" après.

Premier camp hors d'Allemagne

Créé en 1939, ce premier camp construit hors d'Allemagne a été peu à peu agrandi sous la responsabilité des SS. Quelque 115'000 déportés y ont été emprisonnés, dont 65'000 ont perdu la vie, selon le Mémorial Yad Vashem. A partir de 1944, il a compté de nombreux Juifs, essentiellement des femmes des pays baltes et de Pologne transférées d'autres camps, dont Auschwitz.

Le site, où les conditions de vie étaient épouvantables et qui comportait une chambre à gaz, comptait environ 3000 gardes SS et auxiliaires ukrainiens. Les exécutions y étaient fréquentes et le camp était conçu de façon à ce que "personne ne puisse s'en sortir". Même les charges de travail étaient destinées in fine à "anéantir", selon le procureur général, "personne n'était censé survivre à Stutthof".

Ces dernières années, l'Allemagne a jugé et condamné plusieurs anciens SS pour complicité de meurtre, illustrant la sévérité tardive de sa justice, accusée d'avoir longtemps fermé les yeux. Il y a encore une vingtaine d'affaires de ce type en cours d'instruction dont une dizaine concernent le seul camp de Sachsenhausen.