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Ai Weiwei: résister sur tous les tableaux

Zürich, 20.09.2017

 

Figure majeure de l’art contemporain, l’artiste dissident chinois Ai Weiwei jouit d’une audience internationale. Le créateur plasticien né en 1957 est aussi sculpteur, photographe et surtout blogueur protestataire, suivi par de très nombreux compatriotes.

En 2011, le magazine britannique "Art Review" le sacrait "personnalité numéro une de l’art dans le monde", saluant en particulier le caractère engagé de son oeuvre. Ai Weiwei nous rappelle que l'art peut être pleinement "connecté au monde réel", soulignait la revue.

L’artiste plasticien n’est en effet pas dissociable du blogueur politique. La dénonciation des manquements du gouvernement chinois, de ses abus d’autorité et autres faits de corruption, Ai Weiwei s’en est fait une spécialité.

En 2008 par exemple, il prend l’initiative d’enquêter sur la mort de plusieurs dizaines d’enfants à la suite de l’effondrement des bâtiments scolaires, lors du séisme survenu dans la province de Sichuan. L’artiste parvient à organiser un véritable mouvement citoyen pour exiger que la lumière soit faite sur ces événements.

Cinq ans plus tard, il poste sur Internet des photos de lui affublé d’un masque à gaz. Ai Weiwei dénonce l'attitude des autorités chinoises qui, selon lui, sous-estiment ou cachent délibérément la gravité de la pollution atmosphérique qui atteint des niveaux dramatiques en Chine.

Opacité et corruption

L’opacité qui entoure ces affaires repose malheureusement sur une longue tradition, déplore l’artiste, lui-même fils d’un poète dissident victime de la révolution culturelle. Il appelle de ses vœux une "glasnost" à la Mikhaïl Gorbatchev, "un sage qui a compris que la manie du secret est le cancer qui ronge les pays communistes, car il permet à la corruption et à l'abus de pouvoir de prospérer", déclarait-il en 2012 au quotidien français Libération.

Parallèlement, le créateur se fait connaître par ses contributions généralement provocatrices et souvent monumentales lors des manifestations internationales d’art contemporain auxquelles il est très régulièrement invité. Artiste vedette de la "documenta" de Kassel en 2007, l’artiste chinois y présente une tour de 12 mètres faite de portes et de fenêtres récupérées d’anciennes demeures ayant été détruites pour les besoins du développement effréné de la capitale chinoise.

La corruption est omniprésente en Chine, dénonce Ai Weiwei dans l'interview à Libération. Les pots-de-vin, le trafic d'influence, les malversations se sont multipliés depuis les années 1980, selon lui. Seule "la répression policière draconienne" qui sévit dans son pays empêche le peuple de descendre dans la rue, analyse-t-il.

Internet porteur d'espoir

"L'Internet est le plus beau cadeau fait à la Chine", déclare toutefois l’artiste qui en a fait un outil d’expression privilégié. Il fonde beaucoup d’espoir sur cette technologie, propre à mettre fin à la dictature, selon lui.

L’audace de ses interventions lui vaut plus d’une fois d’essuyer la colère des autorités. Suivi par des millions de lecteurs, son blog est définitivement fermé en 2011, après avoir été maintes fois censuré. Cette même année, l’artiste passera 81 jours en détention.

Officiellement arrêté pour des infractions d'évasion fiscale, il est mis au secret en avril 2011. Libéré sous caution près de trois mois plus tard, après les protestations de la communauté internationale, il reste néanmoins privé de passeport durant 4 ans.

Migration

Ses critiques et son analyse sans concessions, Ai Weiwei ne les réserve pas qu’à la Chine. Désormais établi à Berlin avec sa famille, l’artiste a visité l'année dernière plusieurs lieux marqués par la migration. Il s’est notamment rendu aux frontières séparant les Etats-Unis du Mexique et la Turquie de la Syrie, ou encore sur les îles grecques.

En 2017, à l'issue de ce voyage, il a inauguré à Prague une installation géante consacrée aux réfugiés. Lors de son intervention publique, il a saisi l'occasion d'épingler le comportement "honteux" de politiciens qui ignorent intentionnellement le sort de ces migrants.